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« Opération Portugal », les Portugais méritaient-ils vraiment ça?

Je suis là pour répondre à des questions que vous ne vous posez pas encore.

Avant de commencer, petit mot important pour les non-initiés; cliquez juste ici.


Maintenant que le contexte est posé, on va pouvoir commencer.
Est-ce qu’à l’origine, le cinéma a vraiment été créé pour faire des vannes sur les Portugais ? Pas sûr. Avait-on vraiment besoin d’un nouvel Ahmed Sylla ? Encore moins. Quelqu’un ici se souvient-il de Ro & Cut ? Et bah sachez que l’un des deux mecs a eu un cancer de la thyroïde mais il va bien (Aucun rapport mais on est là pour le knowledge).

Dans la vie, il arrive parfois que l’on entretienne des relations dites « toxiques » avec son entourage. Même en sachant pertinemment que la relation n’ira pas loin, il faut parfois s’armer de patience et prendre sur soi. C’est la raison pour laquelle j’ai pris mon courage à deux mains en allant jusqu’au bout de la séance d’Opération Portugal.

Je ne déconseillerai pas d’aller le voir mais disons que je vous laisserai vous faire votre propre avis. Personnellement, j’entretiens une relation assez complexe avec la tradition républicaine des comédies françaises où on ne passe pas du bon temps devant un film s’il est dénué de remarques réactionnaires voire d’allusions racistes. On peut tout de même souligner que l’affiche du film, qui peut déjà être un frein conséquent, a le mérite de respecter les codes esthétiques infâmes des comédies éreintantes au titre jaune sur un dégradé immonde.
(Ici, je suppose que le gris est là pour rappeler le béton).

Malgré tout, j’ai tout fait pour essayer de m’affranchir de tout jugement avant le début du film. Cependant, en remarquant que la plupart des blagues sont des rebonds/des redites de vannes vaseuses déjà ressorties, c’est presque parfois triste à matter quand on garde en tête le fait que D’jal a pile 40 ans.


C’est compliqué de résumer un humoriste en quelques phrases mais pour ceux qui ne voient pas qui est D’jal, il écume les plateaux de stand-up depuis une quinzaine d’années ; avec plus ou moins de succès.
Par ailleurs, sa page Wikipédia souligne qu’il a également brillé en tant que « le maçon du commissariat » dans le film Beurre sur la Ville. (Petite digression : A quel moment un film avec un tel titre et rassemblant Pierre Menès, Issa Doumbia & Booder était une bonne idée ?).
Bref, pour revenir sur la carrière de D’jal, son catalogue est/était essentiellement composé de vannes souffrant du syndrome Debouzzien. En d’autres termes, mal prononcer des noms et faire le golmon en forçant avec les caricatures d’accents, ici soit rebeu soit portugais (voire « asiatique » quand l’inspi vient à manquer), et ce depuis longtemps. En vrai, il s’est surtout fait connaître pour ça.
Finalement, l’avantage du film, c’est que ses fans en ont pour leur argent sans être dépaysé.


Comme vous le savez, onsenbranle.fr est un confessionnal où on se dit tout et puisqu’il faut se confesser avant de parler davantage du film, je me lance. La blague qui m’a provoqué le plus d’hilarité (ici, souffler du nez + petit rictus) c’est quand, dans la salle, un petit a demandé à sa mère si un personnage était trisomique. Pour m’excuser, voici un lien.

Je vais éviter de trop spoiler mais le film en question repose donc sur une infiltration plutôt burlesque d’un flic marocain infiltrant la Communauté Portugaise en France. Même si l’intrigue fait peur, il y a tout de même des petites bonnes idées en termes de comédie mais ça devient très vite le bal des forceurs et des clins d’oeil appuyés trop longtemps. Possédant de la famille portugaise, on m’a donc autoproclamé expert de cette culture donc je peux vous dire qu’entendre « Ó Malhão, Malhão » de Linda de Suza dans une voiture, ça fait plaisir la première fois mais pas quand la musique revient trois fois en moins de dix minutes, par exemple. Tout y passe. Ils ont récupéré une mosaïque de références à un peuple qui n’a rien demandé et ils les balancent de manière outrancière et cwinge, comme dirait l’autre. On va pas relever le bail Portugais-BTP (bien que ce soit au coeur du film) car, encore une fois, ça fait bientôt 15 ans que D’jal tourne avec ça.

Beaucoup de vannes classiques où les fautes de français sont censées être désopilantes (« j’ai tombé amoureux » « le coup de la foudre », etc…) et faire les Jean Celestin. D’ailleurs, je pensais qu’avec un tel titre, le film allait vanner que les Portugais mais via des pirouettes scénaristiques, on oublie pas LES ARABES et les musulmans, par ricochet. En fait, ça dégage de vraies effluves de « Roh ça va, on rigole de tout le monde » en essayant même de « ridiculiser » certains protagonistes mais tu comprends bien que la carte du « C’est bon enfant » peut arriver très vite. C’est toujours les mêmes histoires de confrontation de deux mondes où les situations cocasses créent en théorie le rire mais comme dirait ou Le Roi Heenok : Yapadam.

En plus, y’a des personnages sortis de nulle part dont j’ai toujours pas compris l’intérêt. Par exemple, les rôles de Vincent Moscato (que je confonds h24 avec Patrick Bosso) et son compère qui jouent des flics teubés en filature mais qui n’ont AUCUNE utilité à l’intrigue à part ajouter des gags qui font soupirer.

En vrai, le plus insoutenable et qui m’a provoqué un réel frisson le long de la colonne vertébrale, c’était une scène où D’jal est dans une église et après avoir fait des ablutions avec de l’eau bénite, il se met à faire du stand-up en récitant à la suite un GRAND nombre de vannes sur les Portugais qui sont littéralement HILARES. (bien plus que les gens dans la salle, en tout cas).

Je suis gêné.

Alors que j’avais profondément envie de crever, y’a une scène où je me suis rappelé que c’était bien un film Français, c’est lorsque sur une table, entre le tajine et l’assiette de bacalhao, les convives préfèrent bien sûr le boeuf bourguignon.


Pour terminer, je pense que la Communauté Portugaise mérite des excuses pour des décennies de moqueries injustifiées et de blagues épuisantes. D’autant plus qu’ici, on parvient à se faire de l’argent sur eux tout en jouant la carte du « on rit avec vous, pas de vous ». Y’a un mélange de bons sentiments et de préjugés racistes et désuets qui donne un mélange assez spécial. Si on devait faire une analogie, le film serait l’équivalent d’une grande pièce montée dans un mariage mais avec un énorme godemichet sur le dessus. Enfin, je vous laisserai avec une note sur laquelle je suis retombé : « A un moment, D’jal est chauve dans le film et on remarque qu’il a un MAXI crâne, ça doit expliquer pourquoi il a porté une casquette à l’envers si longtemps ».

PS : De la part de toute l’équipe rédactionnelle : Niquez-vous.

Allez petit bonus (rien que pour la tristesse du mail en fin de vidéo, ça vaut le coup) :

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