Hier soir, j’ai regardé (comme à peu près tout Twitter) le court-métrage intitulé Les belles cicatrices sur Arte. En gros, ça raconte l’histoire de la séparation d’un couple, Gaspard et Leila, qui se revoit le temps d’un café.
Particulièrement centré sur le point de vue de Gaspard, personnage à la voix aussi irritable que son comportement, on nous emmène dans la nostalgie et les divers souvenirs d’une relation qui s’avère bancale et toxique. Avec un gros parallèle appuyé sur les cicatrices pour évoquer la marque des gens dans nos vies même après la fin de ladite relation, j’ai pas pu m’empêcher d’avoir des frissons de gêne à plusieurs moments. Au-delà du fait que je parvenais pas à rentrer réellement dans les tenants et aboutissants des dynamiques de leur relation, les moments d’embrouille sur fond musical à la We Cry Together me ramenaient directement à l’era Fauve. Mais malgré ça, ça m’a interrogé sur un sujet plus large. Pourquoi je suis gêné par ce qui me paraît niais?
Parce qu’à l’époque de Fauve, j’arrivais déjà pas à mettre totalement le doigt sur ce qui me gênait. Le côté trop accessible et a priori (trop?) simple dans le choix de mots ou bien les esthétiques plutôt bourgeoises? Aucune idée. Je crois plutôt que ça me gêne quand ça me paraît incomplet, quand tout n’a pas l’air d’avoir été pris en compte pour parvenir à ses fins. Le problème, c’est que d’un autre côté, je sais pas vraiment ce que ça veut dire “bien écrit”. Par exemple, souvent on reproche le côté niais au livre L’alchimiste pour son apparente crédulité et sa structure relativement simple, mais c’est pas un ouvrage que je vais prendre de haut car je lui reconnais justement une certaine qualité d’écriture. Au cours de notre vie, on nous a rabâché que c’est compliqué de faire simple, mais l’art se doit d’avoir un côté fédérateur auquel on peut se connecter, s’identifier aisément, et j’ai pas eu ça avec leur couple.
Je savais par exemple que c’était pas uniquement lié à leur situation car dans Cuisines et Dépendances, qui est un des mes films préférés, on peut retrouver un échange assez similaire. Les personnages de Bacri et Jaoui se retrouvent des années après par “hasard”, et évoquent les vestiges de leur relation passée en étant poignants. Du coup, je pense que ça reste plutôt lié au niveau de l’écriture.
Le problème de l’art, c’est que c’est une question de point de vue, je me souviens être sorti de la séance de Dilili à Paris dégouté de mièvrerie alors que pour d’autres, c’est un chef d’œuvre.
Ce qui est paradoxal, c’est que justement le côté un peu espiègle/enfantin dans des contenus mi-débiles, mi-absurdes, j’ai tendance à adorer ça. Que ce soit tous les films avec des dinosaures, des requins ou des zombies nazis, c’en est excitant. Mais dans ce cas présent, j’ai l’impression de ne pas savoir comment me positionner sans mépris ou snobisme, comme quand on dit poliment “je ne suis pas la cible” pour dire “je suis au-dessus de ça”. Au final, j’ai l’impression d’être un collégien qui fait genre d’avoir des goûts de lycéens et essayer tant bien que mal d’adopter une posture d’esthète qui va à Muji pour acheter des bougies plutôt qu’à GIFI.
D’autant plus qu’en faisant des recherches, la définition du niais sert à décrire quelque chose ou quelqu’unbee simplet, de tellement inexpérimenté que c’est idiot. Sauf que dans Les Belles Cicatrices, je trouve pas ça idiot comme approche. Certes, leur relation ne va nulle part, et le point de vue de Leila est tellement au second plan que même lorsqu’elle parle, c’est pour parler de Gaspard, mais je trouve pas le tout idiot.
A cause de l’essor de l’art naif, c’est plutôt complexe de trouver des ressources sur ce la naïveté dans l’art mais je sais pas, peut-être que je mets trop le médium cinéma sur un piédestal et du coup, j’ai du mal à tolérer ce qui me paraît maladroit ou juvénile ? Ou alors c’est juste les défauts des films qui se reposent trop sur ce que tu projettes sur eux plutôt que sur ce qu’ils délivrent ?
En bref, j’ai trouvé ça niais mais je ne sais toujours pas pourquoi.
Fun fact : A l’origine, le mot niais était utilisé pour caractériser (en 1680) des oiseaux de proie qui n’ont pas encore volé (en mode pas encore sorti du nid).