Il y a des matins où l’on se réveille léger et serein. Ces matins où la chaleur ambiante vient habiller le visage d’un rictus à la fois sincère et détendu. Les rayons du soleil traversent alors les persiennes et on se sent apaisé comme un samedi sans responsabilités. On se réveille en douceur et en regardant dehors, on constate même que le ciel a l’air encore plus bleu que d’habitude. Sans savoir pourquoi, tout va mieux. Ce genre de matins, je l’ai vécu. Moi, c’est Amélien et vous vous demandez sûrement comment je me suis retrouvé dans cette situation? Revenons un peu en arrière.
Alors qu’on est en plein cœur des affaires Daval (ou Hallyday) et que le mot “cluster” n’évoque rien de particulier, je me permets de faire un tweet qui m’amuse par rapport à la reine d’Angleterre (qui avait 91 ans à l’époque, tout de même). Rien de très sophistiqué, la blague était en deux temps :
La chute était simplement de répondre “ah bah non en fait” afin de faire hurler de rire les foules et de trouver un peu d’amour (ou de validation) dans l’idée réconfortante d’être perçu comme “drôle” et subversif. Or, à cette époque, je suis encore insouciant. Il ne faut pas oublier que je ne suis qu’un bambin de 21 ans poussé par la quête de buzz et le chant des sirènes. Pourtant, ce premier tweet allait déclencher un revirement dans ma vie que je ne pouvais supposer. En effet, l’engrenage dans lequel je venais de bloquer ma main était colossal et allait m’entraver des années durant.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’appris, grâce à mes sources ministérielles, que ce tweet serait remonté jusqu’à la reine directement. Alors, tout un processus royal inattendu allait être lancé. En effet, à la suite du lancement de mon bingo sur sa mort, la vieille folle décida de prolonger artificiellement son espérance de vie (grâce à un élixir de colon à base de sang de bébés et de larmes de Lady D). Elle devait initialement périr à 93 ans, ce qui est un âge honorable mais mon thread est devenu une malédiction dirigée sur tout le palais de Buckingham. Après un échange de lettres parfumées à l’anthrax, je lui rappelais qu’il s’agissait d’un duel entre elle et moi, seulement. Elle accepta les dents serrés et je lui promis de survivre plus longtemps qu’elle. Entre la dépression, l’envie de mourir et les divers accidents de la vie, ce ne fut pas de tout repos.
Pourtant au fil des jours, des mois, puis des années, je continuais de fournir frénétiquement des updates sur son état. Sans jamais vaciller ou douter de ma faculté à la survire, le temps me paraissait étendu et éreintant. Chaque jour était plus long que le précédent mais de plus en plus de signaux semblaient mettre en avant les fruits de ma patience. Armé uniquement de ma persévérance, j’apprenais sur ma cible sans jamais oublier que ma némésis n’avait pas de cœur. Ce dernier élément me glaçait le sang car cela signifiait que cette machinerie pouvait encore durer des années. Cependant toutes les histoires ont une fin, et Elizabeth II aussi.
Je vois tout d’abord passer une news relatant un état de santé dit “préoccupant” néanmoins, j’étais rodé. L’expérience m’a appris de ne jamais célébrer sans avoir de confirmation finale. J’étais un habitué des bouteilles sabrées pour rien et des confettis à ramasser sur le sol alors que sa carcasse bougeait encore. Pour autant, un atome d’optimisme fit frétiller mon cœur et une idée traversa ma tête : “Et si cette fois, c’était la bonne?”.
Nous sommes le 8 septembre et aujourd’hui, la vieille est morte. Cette nouvelle me fait du bien. Je connais la jurisprudence Rohff mais malgré tout, j’étais heureux de sa mort. Ce vil personnage incarnait tout ce que je déteste et aujourd’hui, il n’est plus. Bien qu’elle brûle actuellement en enfer avec Thatcher, j’ai physiquement ressenti le poids de ce fardeau s’évaporer de mes épaules. (Un peu comme dans Avengers).
Aujourd’hui, j’ai complété le cycle et j’ai battu mon adversaire de longue date. Je suis dorénavant plus épanoui. Sa persistance donnait tout de même un certain rythme à ma vie mais aujourd’hui, je suis serein. Sa mort m’a appris à aimer la vie, l’odeur du café et le chant des oiseaux. J’entends déjà les plus pragmatiques me souffler d’attendre celle de Jean-Marie le Pen avant d’adopter une posture si festive. Mais ils ne sauront jamais. Ici, c’était de la haine pure et simple. Une haine que j’ai nourrie quotidiennement. Je l’ai convoitée pendant tant de temps que je sais qu’un tel soulagement n’aura plus lieu. J’ai déjà connu le bonheur et je n’attends plus rien de la vie.
Quant à l’autre vieillard, je n’éprouve qu’une sorte de dégoût et de rejet mais je sais également que la vraie France lui réservera de très belles vannes sur Twitter le jour J. En attendant, n’oublions pas de nous délecter de chaque mort de monarque (inutile) et de colons pour se recueillir car contrairement à des news que j’ai vu passer, ce n’était pas notre grand-mère. Bizarre de devoir le préciser. Bref, contrairement à elle, profitons de pouvoir respirer et de se délecter de tous ces matins où l’on se réveille léger et serein. En attendant de pouvoir danser sur son cercueil, j’ai essayé de cristaliser ce beau moment car la reine est enfin morte.

s/o Théo









